Affichage des articles dont le libellé est Córdoba. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Córdoba. Afficher tous les articles

dimanche 18 mars 2012

Les alentours de Córdoba

Après notre départ de la ferme, nous avons décidé de rester dans la région de Córdoba et d'en explorer les alentours. Mercredi 14 et jeudi 15, nous sommes allés à Alta Gracia, petite bourgade située à 1h de bus au sud de Córdoba, et dont le principal attrait touristique est un musée consacré à Che Guevara.



Ernesto "Che" Guevara de la Serna a vécu à Alta Gracia durant son enfance. Sa famille s'y était installée en raison du bon air de la ville, réputé pour soigner l'asthme, dont souffrait le petit Ernesto.


Le musée est situé dans l'une des maisons bourgeoises qu'occupa la famille Guevara durant sa présence à Alta Gracia. On y trouve beaucoup de reproductions de photos du Che et de sa famille, ainsi que de nombreux objets, lettres, livres qui leur ont appartenu.


Ci-dessus, une moto du même modèle que celle qu'ont utilisé Ernesto Guevara et son ami médecin Alberto Granado pour réaliser un grand voyage en Amérique Latine, aventure que l'on peut revivre dans le superbe film "Carnets de voyage" de Walter Sales, film sorti en 2004 qui m'a donné l'envie de partir en Argentine. La boucle est bouclée, comme on dit...



Sur les murs de la maison, de nombreuses photos agrandies du Che, ci-dessus avec sa seconde épouse et leurs quatre enfants. Ci-dessous, en prison, avec Fidel Castro (à gauche), peu de temps avant que leur élan révolutionnaire ne scelle leur destin et celui de Cuba...


Le musée retrace très bien, avec force de photos et de rappels chronologiques, le déroulement de la révolution cubaine, puis la transformation d'Ernesto Guevarra, jeune argentin révolutionnaire, en homme politique portant la bonne parole cubaine à travers le monde...



La révolution achevée et le nouveau pouvoir en place, le Che remet sa lettre de démission auprès de Fidel Castro, expliquant que d'autres combats dans le monde l'appellent, et qu'il souhaite voir appliquer le modèle cubain ailleurs. On peut lire cette lettre au musée, ainsi que cette phrase qui achève la lettre et qui est devenue célèbre : "Hasta la victoria siempre", symbole des combats de Che Guevara. A ce moment-là, le Che n'est plus un homme politique, il passe une frontière invisible qui le mène dans le camp des insoumis et de ceux qui luttent avec les armes jusqu'à la mort. Devenu persona non grata en Amérique Latine, il s'inflitrera en Bolivie clandestinement et y sera assassiné par le pouvoir en place, après avoir tenté, en vain, de soulever les paysans.



Autre attrait d'Alta Gracia, une belle estancia jésuite qui mérite le détour...

Jeudi midi, nous avons pris le bus et filé à La Cumbrecita, petit village de montagne, situé à 3 heures de bus de Córdoba (il faut prendre un bus Córdoba-Villa General Blegrano, puis un autre Villa G. Belgrano - Cumbrecita).



Le village est charmant, au milieu coule une rivière, les voitures ne peuvent y circuler en journée... Le hic : trop de touristes ! En lisant l'histoire de la ville, fondée par des Allemands en 1935, on se rend compte qu'elle a été crée dans un seul but : attirer les touristes. (Pour plus de détails sur l'histoire de La Cumbrecita, lire le texte en espagnol sur le site internet de la ville en cliquant ici.)


On s'est donc éloignés du centre du village où s'agglutinaient les badaus, et on est allés faire une belle randonnée sur les hauteurs.


On s'est trouvé un beau petit coin caché pour pique-niquer et faire des ricochets... Bref, le paradis...



Samedi, nous sommes revenus à Córdoba. Lundi 19 mars, départ pour les chutes d'Igazyu, l'une des merveilles du monde. Et ca se mérite : plus de 24 heures de bus nous attendent pour rejoindre l'extrême-orient argentin, à la frontière avec le Brésil et le Paraguay... 24 heures de bus... c'est pas le bout du monde (enfin, ca dépend pour qui), et puis ce sont nos deux dernières semaines de voyage, alors on en profite !!!!!

samedi 18 février 2012

Mémoire de la dictature à Córdoba - Jour 136

 Les Voyages de GaMa, c'est un grand voyage dans l'espace sud-américain, mais c'est aussi un voyage dans le temps. En 2006, l'Argentine a célébré le 30ème anniversaire du coup d'était de 1976, qui a instauré une dictature militaire jusqu'en 1983. Cette dictature fut appelée à l'époque par le régime "Processus de réorganisation nationale". Une "réorganisation" qui a causé l'emprisonnement politique de 9000 personnes.  15000 ont été fusillées, 1,5 millions se sont exilées, et 30 000 personnes ont disparu.
 
Nous sommes à Córdoba, deuxième ville de l'Argentine. En 2006, a vu le jour la Comisión y el Archivo Provincial de la Memoria, à l'occasion de ce 30ème anniversaire. Nous avons visité les lieux, vendredi 17 février.  Cette commission occupe les anciens locaux du département de police de Córdoba, appelé D2. Dans la rue où est situé le D2, des photos de personnes disparues ou assassinées pendant la dictature ont été affichées en banderoles.


Entre 1976 et 1983, le D2 fut créé pour persécuter et torturer ceux qui était accusés ou soupconnés de "terrorisme d'Etat". Une persécution de type idéologico-politique était dirigée à l'encontre des étudiants, travailleurs sociaux, syndicalistes, militants des partis de gauche, membres de groupes armés et de toute personne suspectée de participer à des activités politiques subversives. Les procédés utilisés par la junte militaire : séquestration, torture, privation de liberté, disparitions et assassinats.


Le D2 fut donc utilisé à cet effet. C'était un Centre clandestin de détention. Comme le dit Ludmila da Silva Catela, la directrice del Archivo Provincial de la Memoria, dans son éditorial du journal "Diario de la memoria", "aujourd'hui c'est un lieu de mémoire, en plein centre de la ville de Córdoba, un espace créé pour se remémorer de l'extreme violence utilisée contre le terrorisme d'Etat. Mais c'est surtout un pont entre les générations, et qui regarde vers l'avenir, dans oublier ni taire le passé. (...) C'est un lieu chargé de tragédie où nous avons du chercher, comprendre, transformer et remplir de contenu et de sens".


Contenu et sens, c'est tout ce qui fait la force et l'émotion d'une salle en particulier, la salle des photos, aux murs couverts de portraits des hommes et femmes disparus ou assassinés. Des portraits d'eux avant la tragédie, heureux, amoureux, en famille. Des vies broyées par la dictature. Dans cette salle, on peut s'asseoir à une table et lire de grands cahiers réalisés par les familles des victimes et qui contiennent des photos, des bouts de vies, des souvenirs, de leurs enfants, frères, soeurs, parents ou amis. Très fort et très émouvant.


Autre lieu, horrible cette fois, de ce "musée de la dictature", ces deux cellules qui ont été laissées en l'état. De la taille d'un cabinet de toilette. A l'entrée de l'une d'elle, on peut lire qu'un prisionnier politique y a végété six ans. SIX ANS ! avant de s'en échapper, en 1981.



Et dans la cour du D2, une grande carte de la ville de Córdoba, où ont été identifiés tous les centres de réclusion secrets de la dictature.


Dans une autre salle, une artiste a été invitée à réaliser des création autour de la mort.





Retour dans la rue, à ses portraits de vie, de jeunes intellectuels morts pour leurs idées.


Comme disent les Argentins, à propos de la dictature, ¡ Nunca mas ! (Plus jamais !)